Le prix du baril de pétrole a clôturé la semaine du 11 septembre 2026 au-dessus des 100 dollars, un niveau plus vu depuis la mi-mai dernière. Le Brent pour livraison en novembre a bondi de 5,6 % pour atteindre 108 dollars, son plus haut niveau depuis plusieurs mois. Cette hausse s'explique non seulement par des fondamentaux du marché mais aussi par un risque géopolitique en forte hausse, alimenté par un conflit qui s'éternise entre Washington et Téhéran.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a revu ses prévisions à la baisse, tablant désormais sur une contraction de l'offre et de la demande mondiale de pétrole plus marquée qu'anticipé pour cette année. Selon l'AIE, en l'absence de progrès tangible vers une sortie de crise, le retour à la normale des flux pétroliers au Moyen-Orient pourrait ne pas intervenir avant 2027. Cette incertitude ajoute une pression spécifique et distincte sur les produits raffinés, tels que l'essence, le diesel et le kérosène.
La Tunisie, économie structurellement importatrice d'énergie, est particulièrement touchée par cette flambée des prix du pétrole. Le budget de l'État a été calculé sur la base d'un baril à 63,3 dollars, un chiffre qui paraissait déjà optimiste au moment de son élaboration et qui s'avère aujourd'hui largement décorrélé de la réalité des marchés. L'écart entre cette hypothèse budgétaire et le prix effectivement payé sur les marchés internationaux n'a jamais été aussi important depuis plusieurs années.
Avec un Brent évoluant désormais autour de 108 dollars, l'écart dépasse les 44 dollars par baril, soit un dépassement de près de 70% par rapport à l'hypothèse initiale. Selon les estimations officielles, chaque dollar supplémentaire au-dessus du seuil de référence de 63,3 dollars coûte 164 millions de dinars de plus aux caisses publiques. En appliquant ce ratio à l'écart actuel de 44 à 45 dollars, le surcoût pourrait atteindre plusieurs milliards de dinars additionnels.
Le système de compensation des carburants est mis à rude épreuve dans ce contexte. La loi de Finances 2026 prévoyait initialement une enveloppe de subvention énergétique de 4,993 milliards de dinars, un montant déjà conséquent au regard des contraintes budgétaires globales du pays. Ce montant pourrait toutefois s'avérer largement sous-évalué si le baril se maintenait durablement au-dessus de 100 dollars.
L'État tunisien devra composer avec plusieurs options pour faire face à cette situation. La première consiste à recourir davantage à l'endettement intérieur pour combler le déficit créé par le dépassement des dépenses de compensation. La seconde reviendrait à réduire certains investissements publics programmés, au risque de freiner davantage une croissance déjà fragile. La troisième, plus structurelle mais politiquement plus sensible, consisterait à engager une révision au moins partielle du système de subvention généralisée des carburants.
En l'absence d'un ajustement structurel, c'est le déficit budgétaire global qui risque de se creuser au-delà des objectifs initialement fixés pour 2026, avec des conséquences potentielles sur la trajectoire de la dette publique tunisienne et sur la perception du pays par les bailleurs de fonds internationaux. L'ensemble de l'économie tunisienne ressent, directement ou indirectement, les effets de cette flambée pétrolière, avec une hausse du coût de l'énergie et du transport qui finit par se diffuser dans l'économie et par alimenter une inflation générale.
Key points
- La Tunisie est confrontée à une flambée des prix du pétrole qui met à rude épreuve son économie structurellement importatrice d'énergie.
- Le budget de l'État tunisien a été calculé sur la base d'un baril à 63,3 dollars, un chiffre qui s'avère aujourd'hui largement décorrélé de la réalité des marchés.
- L'État tunisien devra composer avec plusieurs options pour faire face à cette situation, notamment recourir à l'endettement intérieur ou réduire certains investissements publics.