La directrice du Mauritius Institute of Education, Mila Devi Sewruttun-Dosieah, a récemment abordé les défis auxquels l'école mauricienne sera confrontée dans les années à venir. Selon elle, le bien-être des élèves et la discipline sont deux des plus grands défis du système éducatif. Le bien-être ne relève pas d'un simple confort, mais c'est un levier fondamental de l'apprentissage. Il faut inculquer chez l'enfant l'empathie, la communication non violente, la résilience et la gestion du stress.
Les résultats de PISA 2025 placent Maurice sous la moyenne de l'OCDE en sciences, en mathématiques et en lecture. Pour Mila Devi Sewruttun-Dosieah, les enjeux ne se limitent pas à l'amélioration du niveau d'apprentissage. Il faudra repenser les programmes d'études et les pratiques de classe, tout en renforçant la motivation et la concentration des élèves, et en réduisant l'absentéisme et le retard scolaire. Le profil des élèves a beaucoup évolué, notamment avec l'ère du numérique et des technologies de l'information.
L'intelligence artificielle bouleverse déjà le monde du travail et va transformer l'enseignement. Le Budget 2026/2027 prévoit d'ailleurs son introduction progressive dans le cursus national, ainsi que la formation de 8 000 enseignants du secondaire aux outils génératifs. Mila Devi Sewruttun-Dosieah souligne que l'IA ne doit en aucun cas se substituer à l'enseignant, mais demeurer un assistant. Le jugement pédagogique reste fondé sur le triangle didactique : les savoirs, l'enseignant et l'élève.
La directrice du MIE estime que toute formation pédagogique et didactique ne saurait être figée dans le temps. Les formations dispensées au MIE doivent être régulièrement actualisées, notamment pour intégrer l'IA dans les enseignements destinés aux stagiaires, avec une attention particulière à son usage éthique. Il est également nécessaire d'accorder davantage de place à la pédagogie différenciée, à l'éducation inclusive et à l'évaluation formative.
Mila Devi Sewruttun-Dosieah insiste sur l'importance de former des enseignants qui maîtrisent non seulement les contenus à enseigner, mais qui disposent également d'un large répertoire d'approches pédagogiques et didactiques. Ils doivent être capables de repérer très tôt les difficultés d'apprentissage, de faire progresser chaque élève et de le motiver pour l'école. Le programme de « support teacher » et le Foundation Programme in Literacy, Numeracy and Skills (FPLNS) sont des initiatives qui vont dans ce sens.
La maîtrise du numérique est-elle devenue indispensable pour enseigner ? Selon Mila Devi Sewruttun-Dosieah, la maîtrise du numérique constitue un atout réel, mais elle ne remplace pas l'apprentissage et l'enseignement tels que nous les avons toujours connus. La pédagogie doit précéder la technologie, pas l'inverse. Rien ne saurait se substituer à un bon livre. L'essentiel demeure la capacité à motiver l'élève à apprendre.
Enfin, Mila Devi Sewruttun-Dosieah souligne que la relation enseignant-élève demeure le levier principal pour aider les élèves à retrouver le goût de l'école. Un élève qui se sent reconnu et qui trouve sa place au sein de l'école s'engage davantage. Un élève qui se sent en sécurité, à l'abri du harcèlement, retrouve le goût de l'école. L'enseignant n'est pas un simple transmetteur de savoirs : il éduque.
Key points
- L'enseignant doit être capable de s'adapter aux changements dans le profil des élèves.
- L'intelligence artificielle doit demeurer un assistant pour l'enseignant.
- La pédagogie doit précéder la technologie.