Le maire de Cotonou, Luc Gnacadja, a récemment publié une tribune dans laquelle il invite les autorités béninoises à ne pas oublier les leçons des 20 dernières années de décentralisation. Selon lui, cette nouvelle étape de la décentralisation, marquée par la répartition des six pôles de développement territorial, ne doit pas conduire à effacer les difficultés accumulées depuis la création des communes. Il propose une analyse en trois générations de la décentralisation au Bénin.
La première génération de la décentralisation, lancée avec les lois de 2002-2003, a permis d’installer les communes et la démocratie de proximité. La deuxième génération, engagée depuis 2016 et renforcée par le Code de l’administration territoriale de 2021, a davantage porté sur la modernisation de la gouvernance communale. Aujourd'hui, la troisième génération, portée par les pôles de développement territorial, doit permettre de faire des territoires des moteurs du développement national.
Luc Gnacadja souligne que les communes béninoises présentent des réalités très différentes en termes de taille, population, ressources et potentialités. Il estime que les politiques publiques doivent tenir compte de ces différences, plutôt que d’appliquer des réponses uniformes. La commande publique est un exemple de cette difficulté, avec des procédures lourdes qui mettent en relation avec le faible niveau d’exécution des budgets communaux et la mobilisation encore limitée des ressources propres.
Le président de l’Association nationale des communes du Bénin (ANCB) insiste sur la nécessité d’un transfert de compétences accompagné des moyens nécessaires à son exercice. Le principe de subsidiarité ne pourra produire ses effets si les collectivités disposent de responsabilités sans ressources suffisantes. Il préconise également une coopération accrue entre les communes, avec une intercommunalité plus développée dans la conduite des projets territoriaux.
Le Grand-Nokoué, qui regroupe notamment Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Ouidah et Sèmè-Kpodji, pourrait servir de terrain d’expérimentation pour une gouvernance métropolitaine intégrée. Luc Gnacadja met en avant l’importance de l’ingénierie territoriale pour transformer les potentialités locales en véritables leviers de développement. Planifier, concevoir des projets, mobiliser des financements et mesurer les résultats seront nécessaires.
Pour Luc Gnacadja, les pôles de développement ne constituent pas une rupture avec l’histoire de la décentralisation béninoise, mais plutôt une nouvelle étape. Il estime que leur réussite dépendra de la capacité des acteurs à corriger les faiblesses révélées par les deux premières décennies et à éviter de reproduire, à une échelle plus large, les mêmes difficultés.
Enfin, Luc Gnacadja espère que les autorités béninoises tiendront compte de ses recommandations pour que la décentralisation puisse véritablement contribuer au développement du Bénin. Les enseignements tirés des 20 dernières années de décentralisation devront servir à améliorer la gouvernance territoriale et à renforcer la coopération entre les communes.
Key points
- Les communes béninoises ont des réalités très différentes.
- Le transfert de compétences doit être accompagné des moyens nécessaires.
- L'intercommunalité doit prendre davantage de place dans la conduite des projets territoriaux.