Certains métiers sont exercés par amour et passion, et avec le temps, ils deviennent une évidence et un ultime devoir à accomplir. C'est le cas pour les journalistes qui ont créé la rubrique « Que sont-ils devenus ? » pour parler de la vie, des parcours, des œuvres et du bien-être des figures artistiques, culturelles et sportives qui ont marqué leur époque. Depuis 2019, plus d'une cinquantaine de reportages ont été réalisés, permettant la résolution de nombreux problèmes soulevés par les intervenants.
Les reportages ont permis des prises en charge sanitaires à l'intérieur du pays et à l'étranger, des appuis financiers, un soutien à la scolarisation des enfants, des facilités d'hébergement, et bien d'autres acquis. Cependant, malgré ces nombreux avantages, des préoccupations majeures pénalisent encore une frange vulnérable, notamment les artistes les plus âgés. Ceux-ci ne parviennent toujours pas à jouir de leurs droits d'auteur ni à bénéficier de la couverture sanitaire instaurée par le département de la Culture, du Tourisme et de l'Artisanat.
Les orchestres nationaux, fédéraux, ceux des armées, des universités et d'autres ensembles ont produit des œuvres qui demeurent répertoriées et continuent d'être diffusées. Tous ces exploitants doivent verser des redevances au Bureau Guinéen du Droit d'Auteur (BGDA). La législation guinéenne accorde une durée de protection de 80 ans post-mortem, mais certains ayants droit qui avoisinent cet âge vénérable ne perçoivent pas les fruits de ces créations.
Faute d'être reconnus par le BGDA, il est urgent de se pencher sur leur cas pour leur rétablir leurs droits de leur vivant, ou à défaut, d'en faire bénéficier leurs ayants droit légitimes. Parmi les causes de cette exclusion figurent le manque d'information, le niveau de compréhension et l'éloignement géographique de leur domicile en dehors de la capitale. Le BGDA a récemment initié une campagne de sensibilisation à Conakry, mais il reste beaucoup à faire.
Au-delà de la sensibilisation des usagers sur l'importance du paiement des redevances, un travail minutieux de recherche sur le terrain s'impose, particulièrement auprès des artistes de l'intérieur du pays qui ignorent encore tout de leurs prérogatives. Il faut saluer les progrès notables enregistrés ces derniers temps au sein du BGDA. Cependant, l'on ne saurait attendre passivement que ces artistes fassent spontanément la démarche vers l'institution ou ses antennes décentralisées.
C'est bien la démarche inverse, proactive, qui permettra de cartographier et de recenser tous les ayants droit concernés. Penser à ces artistes, c'est éviter les frustrations et permettre à chacun de vivre dignement de son art. Aujourd'hui plus que jamais, venir au secours de ces « fiertés oubliées » relève d'un devoir suprême. Les artistes concernés, tels que Maître Sékou Kouroumah, le lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé, Moussa Moïse Konaté et Mayeni Doumbouya, attendent une solution.
Le plaidoyer des chroniqueurs pour que ces artistes soient reconnus et indemnisés est d'autant plus urgent que la liste des oubliés s'allonge. Le BGDA doit poursuivre ses efforts pour que les droits d'auteur soient respectés et que les artistes puissent vivre de leur art. Les autorités guinéennes sont interpellées pour qu'elles prennent des mesures pour régler cette situation et permettre aux artistes de bénéficier de leurs droits.
Key points
- Des artistes guinéens, notamment les plus âgés, ne bénéficient pas de leurs droits d'auteur ni d'une couverture sanitaire.
- Le BGDA a récemment initié une campagne de sensibilisation à Conakry pour sensibiliser les usagers sur l'importance du paiement des redevances.
- Les chroniqueurs plaident pour que les artistes oubliés soient reconnus et indemnisés.