Une proposition de thèmes communs pour les prêches du vendredi a provoqué une levée de boucliers au Cachemire administré par l'Inde. Le Waqf Board, organisme administratif chargé de la gestion des biens religieux, a présenté ce projet dans le but de coordonner les thèmes des khutbahs, ou sermons, du vendredi. Les objectifs affichés sont de sensibiliser aux addictions, rappeler les responsabilités morales et encourager la cohésion sociale.

Le projet du Waqf Board prévoit la formation d'un comité de muftis, d'imams et de prédicateurs chargé de définir des thèmes communs pour les institutions associées au Board. Cependant, cette initiative a rencontré une vive opposition de la part de plusieurs responsables politiques et religieux, qui dénoncent une ingérence dans les affaires religieuses musulmanes. Omar Abdullah, chef du gouvernement local, et Mehbooba Mufti, ancienne dirigeante du Jammu-et-Cachemire, ont exprimé leur désapprobation.

La présidente du Waqf Board, Darakhshan Andrabi, a assuré que les prédicateurs demeuraient libres de leurs sujets et qu'aucun ordre n'imposait des sermons uniformes. Elle a également indiqué que le comité envisagé serait composé de religieux et qu'elle n'en ferait pas partie. Cependant, les préoccupations concernant la consommation de drogue, les difficultés des jeunes et les souffrances psychologiques restent d'actualité.

Le Mutahida Majlis-e-Ulema, regroupement religieux dirigé par Mirwaiz Umar Farooq, défend une distinction explicite entre une concertation volontaire des savants sur des préoccupations communes et une prescription provenant d'un organisme administratif lié à l'État. Le regroupement présente le minbar comme une responsabilité confiée aux religieux et demande au Waqf Board de se concentrer sur la gestion, l'entretien et la protection des biens placés sous sa responsabilité.

La controverse sur les khutbahs intervient dans un contexte politique récent particulièrement sensible au Cachemire. En août 2019, le gouvernement de Narendra Modi a supprimé le statut spécial du Jammu-et-Cachemire, ce qui a entraîné une perte d'autonomie pour la région. Les élections locales de 2024 ont permis le retour d'un gouvernement élu, mais les prérogatives antérieures à 2019 n'ont pas été rétablies.

Des précédents ont déjà tendu les relations entre les autorités et les responsables religieux musulmans. En janvier 2026, des savants cachemiris ont dénoncé une démarche policière de recensement des mosquées, qu'ils ont considérée comme discriminatoire et intrusive. Les restrictions imposées aux rassemblements religieux constituent un autre sujet de friction, notamment la fermeture de la Jamia Masjid de Srinagar à plusieurs reprises.

La question religieuse rencontre celle du pouvoir de décision local au Cachemire. Pour les acteurs qui dénoncent une réduction de l'autonomie, l'intervention d'une institution présidée par une responsable du BJP prend une signification politique particulière. Les tensions touchent également les pratiques traditionnelles dans les dargahs, avec des restrictions sur la distribution de riz jaune dans l'enceinte de grands lieux de dévotion.

Key points

  • L'intervention du Waqf Board dans la définition des thèmes des khutbahs du vendredi a suscité une vive opposition au Cachemire indien.
  • Les responsables politiques et religieux dénoncent une ingérence dans les affaires religieuses musulmanes et une réduction de l'autonomie de la région.
  • La controverse intervient dans un contexte politique récent particulièrement sensible, avec des précédents ayant déjà tendu les relations entre les autorités et les responsables religieux musulmans.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.