Le directeur de recherche en sociolinguistique, Mamadou Lamine Sanogo, a publié une tribune dans laquelle il interroge les liens entre école, langues nationales, savoirs endogènes et intelligence artificielle en Afrique. Selon lui, l'école doit être enracinée dans les réalités linguistiques et culturelles africaines pour permettre une véritable souveraineté scientifique et numérique. Cette réflexion intervient dans le cadre du Symposium international sur la science et la technologie (SIST) 2026 qui se tient à Ouagadougou.

M. Sanogo soutient que l'école actuelle ne remplit pas son rôle de moteur du développement en raison d'un problème linguistique, culturel et cognitif. Il estime que l'éducation est le logiciel qui programme l'avenir des sociétés, mais que la langue est le système d'exploitation. Or, dans beaucoup de pays africains, le logiciel éducatif fonctionne encore principalement à partir d'un système linguistique qui n'est pas celui de la majorité des apprenants.

Le chercheur explique que l'enfant arrive à l'école avec sa langue, ses images, ses proverbes, ses catégories de pensée, son expérience familiale, mais qu'on lui demande d'apprendre les sciences, les mathématiques, l'histoire, la citoyenneté et parfois même les valeurs sociales dans une langue qu'il ne maîtrise pas encore suffisamment. Cela crée une surcharge cognitive et l'élève ne se bat plus seulement avec le concept scientifique, mais aussi avec la langue qui porte ce concept.

M. Sanogo souligne que les langues nationales ne sont pas des restes du passé, mais des instruments de pensée, de création, de transmission et d'innovation. Elles portent des connaissances agricoles, médicinales, artisanales, sociales, morales, politiques et écologiques. Les savoirs endogènes ne doivent donc pas être enfermés dans le folklore, mais doivent être interrogés, vérifiés, discutés et parfois corrigés par la science moderne.

Le défi, selon M. Sanogo, n'est pas de choisir entre les langues africaines et les langues internationales, mais de donner une base solide à l'Afrique pour entrer dans le monde. Les langues nationales doivent servir de fondation cognitive, culturelle et sociale, tandis que les langues internationales doivent jouer leur rôle d'ouverture, de circulation scientifique et de coopération mondiale.

M. Sanogo préconise un bilinguisme fonctionnel, équilibré et intelligent. Un enfant qui comprend d'abord dans sa langue comprend mieux dans une autre langue. Une société qui pense à partir de ses propres catégories dialogue mieux avec les autres civilisations. Une école enracinée n'est pas une école fermée, mais une école qui part du connu pour aller vers l'inconnu.

En conclusion, M. Sanogo estime que l'école africaine de demain ne se construira pas contre les savoirs endogènes, mais en dialogue critique avec eux. La science africaine de demain se construira en intégrant les langues nationales, les savoirs endogènes et l'intelligence artificielle pour permettre une véritable souveraineté scientifique et numérique.

Key points

  • L'école doit être enracinée dans les réalités linguistiques et culturelles africaines.
  • Les langues nationales doivent servir de fondation cognitive, culturelle et sociale.
  • Un bilinguisme fonctionnel, équilibré et intelligent est nécessaire pour permettre à l'Afrique de dialoguer avec les autres civilisations.

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SaharaWire Newsroom
SaharaWire

Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.