L'Algérie aurait ordonné à ses producteurs nationaux de cesser d'exporter de l'urée vers la France, une décision qui menace un flux commercial estimé à environ 219 millions de dollars pour l'année 2025. Cette mesure, rapportée par Reuters le 23 octobre sur la base de cinq sources diplomatiques et industrielles, n'a fait l'objet d'aucune annonce publique officielle de la part du gouvernement algérien ou des producteurs concernés.
Cette décision marque une nouvelle étape dans la confrontation économique entre Paris et Alger, directement liée au soutien d'Emmanuel Macron à la position marocaine sur le Sahara occidental. Les relations entre la France et l'Algérie se sont fortement détériorées en 2024 après qu'Emmanuel Macron a apporté son soutien au plan marocain d'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine.
L'Algérie a ainsi fourni environ 25 % des importations françaises d'urée l'année dernière, se positionnant comme le deuxième fournisseur étranger de la France derrière l'Égypte, qui représente 33 % des parts. Les données commerciales de la Banque mondiale, fondées sur la base de données Comtrade des Nations unies, indiquent que la France a importé environ 219 millions de dollars d'urée algérienne en 2025.
Les livraisons ont atteint près de 481 000 tonnes, contre environ 302 000 tonnes pour 131,3 millions de dollars en 2024. L'urée, engrais azoté essentiel à l'amélioration des rendements agricoles, est massivement importée par les agriculteurs européens en raison des coûts élevés du gaz naturel et de la production qui limitent la fabrication locale.
Une suspension prolongée pourrait accroître la dépendance de la France aux fournisseurs égyptiens, néerlandais, allemands et autres, tout en créant des opportunités pour des producteurs comme le Nigeria, dont les livraisons vers la France restaient toutefois relativement faibles en 2025. Les producteurs algériens devront rediriger des cargaisons initialement destinées à l'un de leurs marchés européens les plus importants.
L'Union européenne a acheté environ 528 millions de dollars d'urée algérienne en 2025, tandis que d'autres clients de premier plan incluent le Brésil, les États-Unis, le Canada et l'Argentine. Ces marchés pourraient offrir des destinations alternatives, mais les prix, les coûts de transport et les contrats d'approvisionnement existants détermineront la rapidité avec laquelle les cargaisons pourront être réaffectées.
Key points
- La suspension des exportations d'urée vers la France par l'Algérie menace un flux commercial de 219 millions de dollars.
- Cette décision est liée au soutien d'Emmanuel Macron à la position marocaine sur le Sahara occidental.
- La France risque de perdre un fournisseur important d'urée, ce qui pourrait avoir des conséquences sur les coûts de production agricole.